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« Démolir Nisard » dernier roman d’Eric Chevillard a suscité la réaction de châtillonnais (pas forcément de ceux que l’on attendait), qui ont cru que l’auteur s’en prenait à leur grand homme.
L’auteur est connu pour son ironie et s’il a pris la peine de s’intéresser à Nisard c’est que Nisard est un personnage emblématique. Il aurait à son avis aujourd’hui encore une grande capacité de nuisance. Né en 1806 à Châtillon sur Seine, Jean Marie Napoléon Désiré Nisard fut homme politique, écrivain académique, critique littéraire. En politique ce fut un champion du retournement de veste et son parti, l’opportunisme. Monarchiste pour commencer, républicain parcequ'il le fallait bien, bonapartiste dès l’avènement de Napoléon III, dont il obtint de hautes fonctions et distinctions. Il se soumit en fait à tous les pouvoirs. Il déclara entre autres qu’il existait deux morales : celle d’en bas qui se devait d’être impitoyable, celle d’en haut qui admettait quelques licences !
En tant que critique littéraire, il affirmait que rien n’avait été écrit depuis le XVII siècle ! un déclin permanent depuis deux siècles !
Le génie de Chevillard dans son roman est de voir Nisard partout à notre époque. Citons Jean Claude Lebrun dans L’Humanité du 7 septembre 2006 [Chevillard fait] « de Nisard la figure allégorique de toutes les conventions, de tous les renoncements, de toutes les tricheries, de tous les opportunismes. Allant jusqu’à identifier sa présence dans de pitoyables faits divers pour romans à quatre sous, le débusquant partout où triomphe le convenu et le prosaïque, flairant son passage quand se trament des accommodements sans gloire. On le voit ainsi buter à chaque instant sur le vieux donneur de leçons, en tous lieux reconnaître son héritage, tout ensemble prudhommesque et atrabilaire. Littéralement réactionnaire. »
Démolir Nisard, Eric Chevillard, ed Minuit, 173 p., 14 euros