terminé
Par Elisabeth Lévy le mercredi 12 septembre 2007 (tiré de Arrêt sur images de Schneidermann)
Vous ne le saviez pas. Vous aimez le rugby.
Quatre mois d’intense propagande médiatique et publicitaire, la première soutenant efficacement la seconde, auront suffi à persuader les Français qu’ils sont passionnés par le ballon ovale depuis leur plus tendre enfance.
On a donc ressorti les photos de 1998 et épousseté les lieux communs toujours prêts à servir: avant que vous et moi réalisions ce qui allait nous tomber dessus, il était évident que ce « mondial » serait l’occasion de manifester notre « ferveur », que la France serait unie derrière ses « bleus », dénomination transdisciplinaire que l’on appliquera bientôt à nos soldats partis ramener la paix sur des fronts lointains ou à nos patrons voyageant en délégation.
Toutes les ficelles du genre ont été utilisées : dossiers spéciaux en veux-tu en voilà, articles découvrant avec ravissement que les femmes s’y mettent aussi suivis par d’autres articles vantant les joies des « dîners-entre-copines-pendant-que-les-hommes-regardent-le-match », portraits de réfractaires et autres bougons, recours à de multiples pipoles nous narrant par le menu comment ils se préparaient à ces six semaines intensives de télévision.
La mode rugby, le rugby pour les enfants, la cuisine rugby, rien ne nous a été épargnés. Quelques joueurs ont été sélectionnés pour incarner les dieux du stade – et accessoirement représenter une marque de hamburgers. (Une petite réclamation : j’ai l’impression que sur les amours de nos bêtes du ballon, la presse a été un peu courte, non ?) Des sondages ont régulièrement confirmé que la fièvre montait.
Tout cela a donc parfaitement fonctionné : je suis prête à déclarer dans n’importe quel micro que mon cœur bat pour l’équipe de France et que je rêve chaque nuit de Chabalak. C’est exactement ce que mon camarade de radio Gilles Casanova appelle l’auto-référentialité médiatique, un phénomène fondé sur la circularité du discours. Les médias informent sur ce qui existe. A l’arrivée, ce qui existe, c’est ce dont parlent les médias. Je vous le dis parce que c’est vrai devient c’est vrai puisque je vous le dis. Avec de telles méthodes, on pourrait presque convaincre les Français qu’ils sont sarkozystes.