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Extrait d'un article de Michel Husson, Conseil scientifique d’Attac France, paru dans l’Ecole Emancipée.
C’est sans doute autour de la question de la TVA que les illusions vont s’effriter, sans doute plus tôt que prévu. Il s’agit en effet d’une mesure qui touche tout le monde, et qui ne peut donc jouer sur les différenciations catégorielles. L’instauration d’une TVA sociale montrerait de manière très claire l’essence du projet : faire payer par tous les cadeaux faits à un petit nombre. L’autre point de bascule pourrait être la question salariale. Les salariés qui font des heures supplémentaires gagneront plus. Mais elles ne représentent qu’environ 3 % du volume total d’heures travaillées. Quid des salariés qui n’y ont pas accès ? Quid des heures supplémentaires non déclarées ? L’avantage de la mesure est d’individualiser encore un peu plus les salaires, mais elle risque de produire le résultat inverse et de faire renaître un besoin de cadre salarial collectif.
On aurait donc tort de surestimer la cohérence durable du programme de Sarkozy. Sur le plan économique, il peut booster un peu la croissance dans un premier temps mais viendra vite buter sur cette contradiction :ou bien laisser filer le budget, ou bien le rééquilibrer en freinant trop brutalement l’activité. Sur le plan social, il équivaut à un énorme transfert de richesses des salariés vers les possédants, que l’on ne pourra déguiser durablement en jouant sur le fractionnement du salariat. Tôt ou tard, les salariés prendront conscience que leur pouvoir d’achat est gelé, que leur santé coûte plus cher, que leurs retraites vont être à nouveau rognées, et que les garanties apportées par leur contrat de travail sont profondément écornées. Sur le plan tactique, il arrivera assez vite un moment où il faudra faire passer en même temps des mesures étroitement imbriquées (par exemple heures supplémentaires et TVA sociale) et rendre perceptible la logique d’ensemble du projet.
Certes, on peut imaginer un scénario où le passage en force réussirait, débouchant sur un paysage social durablement dégradé. Mais un scénario de crise, mêlant résistance sociale et débâcle économique, est également plausible. En tout état de cause, la tâche prioritaire du syndicalisme est aujourd’hui de décortiquer minutieusement les projets gouvernementaux pour en montrer les effets sociaux désastreux. C’est la condition pour construire les nécessaires mobilisations et (à terme) refonder une alternative cohérente au dogme néo-libéral.