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CDS :SS, CDS :SS !!!

extrait d'un article paru dans NOUVELOBS.COM le 20/11/08

Voir aussi le blog CONTRINFO.info, article de Paul Jorion cité dans ce texte : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2176


définition : CDS : Un CDS (credit default swap) est une sorte d'assurance par laquelle un établissement financier se protège du risque de défaut de paiement d'un crédit.


Le facteur aggravant est fort comme un cheval.

62 000 milliards de dollars de CDS ont été contractés aux Etats Unis, chiffre comparable au montant mondial des dépôts bancaires. La banque JP Morgan, sacré Andrew, est le principal acteur de ce marché avec 7000 milliards.

Ce petit rappel sur les CDS permettra de mieux apprécier tout l'humour de l'intervention d'ikball12, un internaute sur le Blog de Paul Jorion :


"Bonjour, étant commissaire aux comptes d'institutions commercialisant ces types de produits, je peux vous assurer que les cabinets d'expertises comptables n'ont aucun moyen ou très peu de contrôler la valorisation des CDS dans les portefeuilles de titres. (...) nous n'avons pas les moyens d'aller contrôler la méthode mathématique de valorisation d'un CDS".

Mais alors ikball12, comment faites vous pour certifier les comptes ? Pas comme Arthur Andersen ceux d'Enron quand même ? Comme les banquiers pour disperser les risques qu'ils ne maîtrisent pas ? Comme les régulateurs pour contrôler les SPV installés aux îles Caïmans ? Tu pédales dans le hors bilan, toi.
Il est temps que tu écoutes Michel Prada, président de l'Autorité des marchés financiers, dans RSF numéro 10 d'avril 2007 :

"En conclusion, ce serait faire un contresens que de considérer les hedge funds comme des entités non régulées, non contrôlées, aux mains de sortes de "docteurs Follamour de la finance" qui, en travaillant au profit d'une clientèle constituée exclusivement d'une élite de riches particuliers, feraient courir un risque de déstabilisation globale au système financier. Cette vision n'est plus du tout conforme à la réalité de ce secteur financier." Le hedge est l'avenir de l'homme. Le hedge s'habille en Prada.

Tu vois ikball12, même dans ta grande solitude une main secourable se tend. Toi aussi tu peux arrêter le hors bilan, les financiers anonymes peuvent t'aider à arrêter les CDS.

"Avant que les gouvernements et les autorités de réglementation financière n'envisagent des réformes permettant de faire face aux turbulences de 2007, ils devraient prendre du recul et réfléchir au fait que les vingt-cinq ans d'efforts consentis pour améliorer la sécurité et la solidité du système bancaire par l'adoption de normes de fonds propres fondées sur les risques ont coïncidé avec une désintermédiation progressive du système bancaire et un mouvement continu de transfert des risques hors du bilan.

Hors d'ici du bilan. ça c'est bien vu Peter. Tu l'a dit à Michel Prada, j'ai l'impression qu'il ne l'a pas remarqué.

La division du travail qui se développe entre les initiateurs, les distributeurs et les gestionnaires d'actifs, la création de titres liés à des créances hypothécaires et adossés à des actifs, et la multiplication des véhicules "stand-alone" (autonomes), porteurs de risques - depuis les hedge funds jusqu'aux conduits, aux SIV, aux CDO et collateralised loan obligations (CLO) -, tous ces éléments ont eu pour objectif de faire sortir les risques du bilan des banques et, directement ou indirectement, de faire baisser les exigences de fonds propres explicites liées à ces activités". (Peter R.fisher Managing Director, Blackrock (in RSF special liquidité de février 2008).

C'est marrant on se dit que Fisher pourrait faire le job de Prada alors que le contraire semble beaucoup moins vrai.

On se le dit aussi pour Eric Woerth, ministre français du budget, qui s'intéresse à l'actualité et réagit vigoureusement : "oui au capitalisme financier a condition qu'il y ait des règles, le secret bancaire doit être une relique du passé". Sans rire.
Le secret bancaire une relique du passé ? Quand elle était réclamée par des magistrats pour lutter contre la criminalité financière et la corruption la régulation et la levée du secret bancaire de certains paradis fiscaux étaient synonyme d'étatisme rampant voire de totalitarisme. Pourquoi serait-elle devenue aujourd'hui l'alpha et l'omega du sauvetage du système ? Eric ? Allo Eric ?
Des règles, mais comment ? T'a une idée Eric où t'a juste dit ça pour faire l'intéressant ? Parce que rappelle toi, ce qui a rendu possible la transformation du capitalisme en capitalisme dit "financier" c'est justement la dérèglementation, autrement dit la suppression de règles censées être un frein au libre jeu des marchés. On est ainsi passé des états souverains aux marchés souverains, auto régulés. Ça ne s'est pas fait sans l'accord des gouvernements, Eric, tu t'en doutes quand même un peu. Même les socialistes ils savent ça.


Certains économistes vont plus loin. Ils considèrent que certains abus actuels sont les effets pervers de la régulation issue de l'accord de Bâle en 1988.
"En imposant un niveau minimum de fonds propres aux banques et en exigeant ainsi une couverture accrue des actifs à risque, l'Accord de Bâle de 1988 a encouragé les banques à faire sortir leurs activités risquées de leur bilan. En d'autres termes, l'essor des véhicules d'investissements structurés (structured investment vehicles - SIV) et des conduits n'est pas tout à fait le fruit du hasard" Barry Eichengreen professeur d'économie et de sciences politiques à l'université de Californie, Berkeley, RSF numéro spécial liquidité, février 2008.

OK Barry. On a interdit aux banquiers de sortir par la porte en laissant la fenêtre ouverte. T'as raison Barry, ils sont sortis par la fenêtre. Mais pourquoi a-t-on laissé la fenêtre ouverte ?

Quand les investisseurs estiment la réglementation trop contraignante, ils délocalisent leurs activités vers des pays où l'on peut faire tout ce que l'on veut en restant caché derrière des sociétés dont l'identité des actionnaires est protégée par le secret bancaire local. "les paradis fiscaux et bancaires dans les années d'après guerre étaient des soupapes pour la politique l'économie et la finance. En somme de simples caisses noires. Mais l'ordinateur, les satellites et l'émergence des marchés financiers ont donné une ampleur sans précédent à ces places bancaires. La libéralisation des marchés a transformé les paradis bancaires et fiscaux en point de passage obligé pour les capitaux quelque que soit leur origine" écrit jean de Maillard, magistrat, dans "un monde sans loi"

Selon transparency international, les sites financiers off shore abritent 400 banques, deux tiers des 2000 fonds spéculatifs et deux millions de sociétés écrans représentant 10 000 milliards de dollars d'actifs financiers. Michel ? Michel, tu avances ou tu régules ?

Bon alors maintenant que les athéniens s'atteignirent, et que les danaïdes ont leur tonneau, qu'est ce qu'on fait ? On régule ou on laisse faire ?
Résumons la situation. Si on régule leurs activités, les banques créent, "on" ou si besoin "off shore" des entités qui échappent à la régulation et qui n'ont d'autres but que d'en annuler les effets attendus.

Question subsidiaire : Peut on vivre à l'ère de la titrisation de masse, au paradis de la gestion alternative, bénéficier de tout ce qui a "amélioré le fonctionnement et la stabilité des marchés financiers", sans conserver ce sur quoi tout cela a été construit : le hors bilan des SIV, SPS bourré de créances titrisées, la non transparence, l'absence de contrôle public, l'effet de levier, les marchés de gré à gré, les fraudes, les agences de notations laxistes et intéressées, les paradis fiscaux, les primes gigantesques, au fond tout ce qui a conduit à la crise systémique ?

Jean-Jacques Chiquelin


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